MOBILISATION CONTRE LES EXPULSIONS D'ENFANTS PAR SARKOZY
Les parrainages d'élèves, un devoir contre les expulsions
Parents, élus et enseignants se préparent à la fin de «la trêve Sarkozy».
par Marie-Joëlle GROS
LIBERATION, jeudi 01 juin 2006
LIBERATION, jeudi 01 juin 2006
Face au maire, Michel Charzat (PS), en écharpe dans la salle des mariages de la mairie du XXe arrondissement de Paris, dix-neuf enfants et leurs parents sans-papiers, originaires d'Angola, du Mali, d'Algérie, de Chine, d'Haïti, et deux lycéennes, l'une russe, l'autre mongole. Tous sont menacés d'expulsion. Les élus du XXe, qui ont choisi de les placer sous leur protection, organisaient hier soir une très solennelle cérémonie de «parrainage citoyen». L'équipe municipale n'en est pas à un coup d'essai: élus et habitants de l'arrondissement ont déjà parrainé plusieurs familles en janvier et février. Mais, avec les vacances scolaires qui approchent, tous craignent des expulsions estivales massives.
Réconfort :
En octobre, le ministre de l'Intérieur s'était engagé à ne pas programmer d'expulsions au cours de l'année scolaire. Cette «trêve Sarkozy» prend fin le 30 juin. A l'appel de RESF, Réseau éducation sans frontières (1), parents d'élèves, enseignants, élus, militants associatifs et citoyens s'organisent pour protéger les élèves sans-papiers et leurs familles. Hier, 200 à 300 personnes s'étaient rassemblées à Paris, place Saint-Michel pour dénoncer ces expulsions. «Pour des gens qui vivent dans la peur, dans la négation de leur identité, qui sont rejetés par la société, ce geste symbolique apporte du réconfort», explique Danielle Simonnet, adjointe au maire du XXe, chargée de la jeunesse. «C'est leur signifier avec force que nous, nous les considérons citoyens de notre République.»
Les parrainages n'empêchent pas les expulsions : le document délivré à cette occasion par le maire n'a pas de valeur légale. Mais les parrains s'engagent à garder contact avec leur filleul, à leur prêter assistance dans toutes leurs démarches, et à donner l'alerte. Les élus du XXe ont d'ailleurs choisi d'organiser une veille tout l'été. Leur «permanence sinistres» (incendie, accidents en tout genre) englobera les expulsions «car nous considérons qu'il s'agit, là aussi, d'un sinistre». A tout moment, l'élu de garde, alerté d'une menace imminente, entrera en contact avec un membre du Réseau éducation sans frontière.
«Lois iniques» :
D'autres «parrainages citoyens» seront célébrés tout au long du mois de juin. Ce soir, 150 élèves sans-papiers, habitant une vingtaine de communes de Seine-Saint-Denis, seront parrainés à la Bourse du travail de Bobigny, à l'initiative du président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Hervé Bramy. Les élus communistes, verts et socialistes mettent en avant leur devoir de protection de l'enfance, «tout comme on s'occupe des mineurs isolés», explique Gilles Garnier (PC). Cet «acte militant des élus» entend, comme partout ailleurs où des parrainages sont prévus, «dénoncer les lois iniques de Nicolas Sarkozy» sur l'immigration et faire pression sur les préfets sommés de procéder à 25 000 expulsions dans l'année.
«Il faut donner un coup d'arrêt à cette politique. Il est scandaleux d'expulser des enfants nés sur le territoire et scolarisés en France», estimeRoger Madec, maire (PS) du XIXe à Paris, qui célébrera aussi des parrainages en juin. En s'opposant à la loi, élus et citoyens revendiquent un geste de «désobéissance civique» devenu «devoir républicain». «On ne laissera pas partir ces enfants, assure Dominique Nogueres, à la tête de la fédération parisienne de la Ligue des droits de l'homme. Ceux qui ont voulu ces lois doivent savoir que des citoyens, nombreux, s'y opposent.»
(1) educationsansfrontieres.org
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