YENNAYER EN FRANCE
Pourquoi fêter Yennayer en France ?
samedi 28 janvier 2006
Tout d’abord, yennayer est devenu en quelque sorte le nouvel an français, compte tenu de notre présence massive en France et de la qualité de citoyen français de la majorité d’entre nous
Yennayer est lié à la culture berbère, culture berbère qui est aussi compatible avec la citoyenneté française que les cultures bretonne, basque et corse.
Certains trouveraient cette comparaison audacieuse voire même abusive, qu’une minorité considérée comme étrangère puisse s’élever au rang d’une composante de la société française.
En ce qui nous concerne, nous nous considérons comme des citoyens français à part entière tout en revendiquant notre identité multiple et composite.
C’est pourquoi, la seule polygamie que nous revendiquons, la seule polygamie que nous pratiquons, c’est de parler plusieurs langues, de se reconnaître dans plusieurs cultures et d’aimer plusieurs pays à la fois.
D’autant que cette identité n’est pas le résultat recherché d’un combat idéologique pour je ne sais quelles fins inavouables, mais un fait historique, la conséquence objective d’une histoire commune liant la France à nos pays d’origines
D’où l’intérêt d’assumer notre histoire commune et d’entretenir la mémoire.
d’abord, la mémoire de l’immigration : c’est à l’immigration qui a contribué, par la force du poignet et la sueur du front, à la construction de la France, et qui s’était engagée aux cotes des armées Françaises lors des deux grandes guerres, que nous devons aujourd’hui notre enracinement dans l’histoire de France et notre intégration au sein la société française. Nos pères, nos grands pères et même parfois nos arrières grands pères qui passaient 10 mois sur douze dans les usines françaises que dans leur pays d’origine, ont laissé autant de traces, si ce n’est davantage, en France que dans les villages qui les ont vu naître.En ce jour de fête, je ne peux m’empêcher de les associer, pour certains d’entre eux à titre posthume, à notre joie, eux qui étaient les éternels oubliés de l’histoire :
Gloire à nos pères et à nos grands pères, qui suffoquaient dans l’ambiance poussiéreuse et toxique des mines de charbon, qui se brûlaient le corps dans les hauts fourneaux des usines sidérurgiques, sans pour autant avoir l’honneur de servir de personnages principaux dans une œuvre magistrale d’un Zola
Gloire à nos mères et à nos grands-mères, qui étaient déprimées de ne pas pouvoir déchiffrer le prix d’un produit dans une grande surface, tout en étant les gardiennes d’une culture millénaire aux valeurs inépuisables.
S’il y a une leçon à retenir de nos aïeux, c’est que s’ils ignoraient ce que c’étaient les Honneurs, ils avaient un sens aigue de l’honneur.
Mémoire de l’immigration, mémoire de la colonisation :
la colonisation ne saurait être jugée positive ni dans la mission qu’elle s’était fixée, ni dans les méthodes qu’elle avait employées.
Le seul point positif, qui n’était ni prévu ni voulu, c’est qu’après avoir marié de force plusieurs peuples, ces derniers ont fini par accoucher douloureusement des enfants que nous sommes.
En ce sens, nous sommes déterminés à obtenir l’abrogation de l’article 4 de la loi de février 2005 .
Non seulement cet article est en travers du chemin de l’histoire, mais il constitue également un affront à la république, car dans une démocratie, il n y a pas de place pour une histoire officielle
Mais la détermination n’est pas exclusive d’un esprit de responsabilité.
Nous ne sommes en conflit avec aucune composante de la société française.
Nous n’avons de compte à régler avec personne.
Nous ne sommes animés par aucun esprit revanchard ni par aucun un sentiment de haine
l’entretien de la mémoire n’a de sens que pour éviter les erreurs du passé, promouvoir la fraternité, c’est-à-dire construire le présent sans oublier l’avenir.
Construire le présent, bâtir l’avenir est le sens de notre engagement citoyen, dans le cadre duquel nous sommes également déterminés à lutter contre les discriminations et à combattre les extrémismes.
combattre les discriminations est une urgence absolue, par ce qu’elles sont moralement et juridiquement inacceptables, humainement insupportables, et elles sont porteuses de graves dangers pour l’ensemble du pays.Le France ne saurait se considérer comme la partie des droits de l’hommes, tant que des milliers de citoyens sont discriminés à l’emploi, au logement, aux loisirs, aux grandes écoles en raison de leur origine, de leur nom , de leur religion ou de leur condition sociale.
De la même manière nous nous inquiétons de la banalisation des idées de l’extrême droite au sein de la classe politique, médiatique et plus grave encore dans les milieux intellectuels.
Si nous condamnons et même combattons l’obscurantisme et l’intégrisme quelle que soit la philosophie ou la religion dont ils se réclament, nous combattons avec la même énergie les idées de l’extrême droite qui n’ont jamais été aussi banalisées qu’aujourd’hui depuis les années 30.
Nous dénonçons toute stigmatisation de quelque nature que ce soit.
Après la chute du mur de Berlin, l’écroulement de l’URSS, la disparition des régimes totalitaires de l’est, la démocratisation de certains pays d’Afrique, le vent de liberté qui souffle en Amérique latine, la France trouverait-elle son salut que dans le retour à l’idéologie poujadiste de ses années noires.
Parce que nous sommes condamnés à vivre ensemble, nous n’avons d’autre choix que de nous entendre.
Certains, s’appropriant la république, souhaitent nous assigner à un statut spécial en nous soumettant à l’obligation d’un certificat de civisme, comme s’ils doutaient de notre loyauté.
D’autres, s’érigeant en détenteurs exclusifs de la légitimité divine, entendent subordonner notre qualité de citoyen à des fatwa religieuses.
Nous ne nous reconnaissons ni dans la démarche des uns ni dans la stratégie des autres.
Meme si certains d’entre nous peuvent se reconnaître dans la religion musulmane telle qu’ils l’ont héritée de leurs parents, nous ne dénonçons pas moins toute intrusion de fatwa religieuses dans le débat public..
Notre seule ambition est d’être citoyens comme les autres, exerçons nos devoirs et défendons nos droits, tout en espérant vivre notre identité en harmonie avec le reste de la société française.
Ahcène TALEB
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