Coordination des Berbères de France
NOTE SUR LA CBF :
Repères…
Ø 22 juin 2002 à Paris : Lancement du projet de création d’une fédération nationale par 10 associations franco-berbères.
Ø 15 décembre 2002 à Lyon: 21 représentants d’associations élisent Mustapha Saadi à la présidence de la CBF sur la base d’un programme et pour un mandat de trois années.
Ø 3 et 4 mai 2003 : 40 associations rejoignent la CBF
Ø 15 mars 2003 : Lancement à Marseille devant 200 personnes de la première rencontre préparatoire aux premières assises des berbères de France de mars 2004 qui se dérouleront les 11 et 12 décembre 2004.
Ø Trente rencontres-débats ont été organisées sur l’ensemble du territoire national par la CBF qui regroupe aujourd’hui plus de cinquante associations dont certaines sont elles-mêmes organisées ou sont sur le point de s’organiser en réseau à l’échelle départementale et/ou régionale.
Ø 18 et 19 décembre 2004: les Premières Assises Nationales des Berbères de France à Issy-les-Moulineaux (92) réunissent plus de 1500 personnes, responsables associatifs, et politiques.
Objectifs généraux…
Donner aux personnes issues de l’immigration une connaissance objective et équilibrée de leur histoire et de leur culture.
Engager un travail d’interprétation de la culture d’origine au profit des renforcement des valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité, solidarité responsabilité…
Mobiliser les berbères de France, partie la plus ancienne de l’immigration nord-africaine, pour la promotion des valeurs républicaines et l’engagement citoyen.
Introduire la notion de diversité et de pluralité culturelle dans l’identité des personnes issues de l’immigration, pour éviter la réduction de cette identité uniquement à la dimension religieuse.
Contexte
Les politiques publiques menées depuis 20ans à destination de ces populations et de ces quartiers, ont montré les limites suivantes :
Forte action urbaine, mais faible évolution des populations captives des quartiers (quand les quartiers se réhabilitent physiquement, les habitants ne se réhabilitent pas de la même manière, ils restent toujours aussi défavorisés avec des capacités intégratives qui n’ont pas évoluées).
Méfiance vis à vis d’associations construites par des personnes issues de l’immigration (soupçon de communautarisme, peur des relations conflictuelles, soupçon de provocation…) qui a induit un refus de construction de partenariat sur le moyen et long terme ( mise en place de dispositifs complexes pour l’élaboration de projets et de financements). En conséquence de quoi, quasi disparition d’association « immigrées » laïques, terrain abandonné aux associations cultuelles et aux équipements sociaux toujours débordés et qui n’ont jamais assez de moyens.
Développement d’une relation et d’une logique d’assistanat auprès des populations des quartiers, jamais ou rarement de mise en responsabilité (pouvait-on faire autrement ?)
L’intégration individuelle vide les quartiers par le haut, les meilleurs s’en sortent et vont vivre ailleurs, ils restent toujours les plus défavorisés, les plus exclus sur ces territoires. Refus de la prise en compte des enjeux identitaires avec les personnes concernées, alors même que les habitants s’y ressemblent et peuvent vivre cette ressemblance comme la raison d’une mise à l’écart, d’une assignation à résidence dans des quartiers ghettos.
Une volonté d’intégration insuffisante de la société d’accueil qui s’exprime par des logiques discriminatoires fortes et présentes dans tous les domaines (emplois, loisirs, logement, travail….), un refus de considérer les cultures d’apport comme des cultures de France (les politiques publiques les folklorisent et n’engagent pas de dynamique de valorisation et de production interculturelle, sauf récemment sur le thème de la mémoire). En résumé, un refus de reconnaître l’existence sociologique des communautés culturelles, ce qui réduit l’impact des actions publiques.
Il existe par ailleurs un phénomène de concurrence identitaire auprès des populations issues d’Afrique du nord, en particulier auprès des plus défavorisés, des moins intégrés qui résident massivement dans les quartiers dit « sensibles » traités au titre de la politique de la ville.
Que propose la CBF ?
I. Mobiliser et qualifier le tissu d’associations franco-berbères existantes et les mettre en mouvement dans les quartiers de la politique de la ville.
Ces associations seront porteuses des actions suivantes :
1. Animation d’une plate forme pour l’éducation à la tolérance et à la citoyenneté (semaine des langues et cultures de France, forum citoyen des jeunes, éducation civique, etc…). Cette méthode de travail permettra d’articuler et de concilier la dimension identitaire ou culturelle et la dimension citoyenne au sens plein du terme.
2. Développement d’une éducation interculturelle en vue de renforcer les relations entre les différents groupes culturels, majoritaires et minoritaires, qui constituent la société française. Il s’agit à la fois de travailler sur les représentations souvent erronées qu’ont ces populations les unes des autres et de donner ainsi les moyens aux enfants, aux jeunes (futurs citoyens) et aux familles de se construire des réseaux sociaux hors des quartiers en politique de la Ville et hors des communautés culturelles de rattachement.
3. Développement de démarches culturelles et artistiques de métissage et mises en relief de la dimension universelle et républicaine des valeurs éducatives et de l’histoire de chacune des composantes de la population des quartiers
II. Agir pour favoriser l’engagement citoyen et politique des personnes résidents dans les « quartiers sensibles »
1. Mise en place d’actions pour informer, qualifier et accompagner les jeunes en processus de réussite scolaire pour les amener à agir notamment au sein des partis politiques, syndicats, associations…
2. Développement d’un travail de moyen - long terme pour la participation effective au vote et à l’accès à la nationalité.
3. Organiser des échanges et des débats pour permettre aux habitants des quartiers de se constituer en groupes actifs et de construire des réseaux sociaux et politiques.
III. La mise en visibilité des Franco-berbères
1. Par la création d’espaces culturels et de ressources.
2. Par la valorisation des réussites individuelles et collectives.
Fondements de la CBF :
L'objectif principal de la CBF est de construire les Franco-Berbères en tant que citoyens français impliqués dans la vie publique et le renforcement du lien social. Cette action est menée dans le cadre de la réappropriation et la réinterprétation des valeurs de la civilisation berbère au profit d'une intégration harmonieuse. Elle agira particulièrement sur les champs éducatifs, socio-éducatifs, de l'accès au droit et à la culture, de la lutte contre les discriminations et contre toutes les formes de racisme, de la promotion de la diversité culturelle comme vecteur de la cohésion sociale et nationale. Son action et ses valeurs sont éminemment laïques et inscrites dans les principes des droits de l'Homme.
La CBF s'interdit toutefois de s'immiscer ou de se prononcer sur les choix politiques des populations berbères ou de ses représentants. Dans le même sens, la CBF n'a pas à prendre part au débat politique de pays étrangers. La CBF n'a pas de préférence ou d'orientation politique et idéologique. Elle collabore et échange avec toutes les sensibilités démocratiques et républicaines.
Son projet politique tend essentiellement à inscrire la dimension culturelle berbère comme partie intégrante du patrimoine interculturel français et développer dans la Cité un discours d'ouverture sur la société, de promotion des valeurs laïques, dans lequel une grande partie de la population d'Afrique du Nord se retrouve et qui fait défaut. Il s'agit donc d'influencer la politique des pouvoirs publics pour qu'elle assure une implication des populations issues de l'immigration dans les politiques euro-méditerranéennes de la France, de renforcer les politiques d'accès à la nationalité française et à la citoyenneté, et d'assurer une présence forte dans l'espace public et dans les banlieues pour mobiliser les citoyens franco-berbères sur les enjeux éducatifs de responsabilité parentale au quotidien. De même, l'action en faveur de politiques d'intégration qui développent la capacité et l'esprit d'entreprendre, la capacité à la construction de réseaux sociaux plutôt que des politiques d'assistanat, l'action contre toutes les formes de discrimination et d'intolérance sont au centre de ses préoccupations.
FRANCAIS, BERBERES ET REPUBLICAINS
La CBF est soucieuse du respect des valeurs universelles et républicaines, et entend par conséquent être aux côtés de tous ceux et de toutes celles qui agissent dans le même objectif et dans un esprit laïc. La CBF est solidaire des Berbères qui luttent pour la reconnaissance de leurs droits et de leur dignité ; elle leur apporte ainsi son soutien d'un point de vue humanitaire et de dénonciation des violations de leurs droits.
Les Berbères constituent une des communautés d'origine étrangère les plus importantes et les plus anciennes de France. Depuis le début du siècle dernier, cette communauté a fortement contribué au rayonnement économique, scientifique, artistique, sportif et culturel de la France et les citoyens franco-berbères ont, dans l'ensemble, réussi une intégration exemplaire dans la société française dont les principes et les valeurs sont identiques à ceux de la culture berbère : Liberté, Egalité, Démocratie, Laïcité, Tolérance et respect des droits de la Personne. Les droits culturels, économiques, sociaux et moraux faisant partie intégrante des droits de l'Homme, la volonté des Berbères de France est d'être davantage présents dans le débat public et de participer de façon plus déterminée et plus visible à l'action citoyenne.
Les Berbères de France entendent donc simplement et sereinement marquer leur présence en France, au-delà de leurs parcours de réussite individuelle, par la mise à disposition de toutes leurs richesses culturelles et civilisationnelles, par la mobilisation de leurs valeurs à caractère universel au profit du renforcement du lien social et des principes de la République : Liberté, Egalité, Fraternité.
LAÏCITE ET CULTURE BERBERE
La société et la culture berbères, tout en ayant été fortement influencées par l'Islam, présentent cette particularité de ne pas être à proprement " islamiques ", en ce sens que si la religion y est très présente, ce n'est ni la seule référence, ni même la principale source de la norme sociale. On peut affirmer que les sociétés berbères sont presque toutes laïques en ce que l'organisation sociale et le pouvoir n'y sont pas d'origine religieuse. Dans ces domaines, le religieux intervient toujours de façon secondaire, pour sanctifier en quelque sorte, mais il n'est jamais la source même de la Norme et de l'Autorité. En de nombreuses matières, rituelles ou juridiques, il arrive fréquemment que les groupes berbères aient maintenu ou initié des pratiques, soit totalement extérieures à l'orthodoxie islamique, soit même en contradiction directe avec les prescriptions de celle-ci. On est donc en droit de penser que la valorisation du patrimoine historique et culturel berbère, qui présente des affinités marquées avec la tradition républicaine et laïque française, pourrait être un élément favorable à une meilleure intégration dans la société française et un moyen efficace de contrecarrer les éventuelles dérives ou tentations communautaristes et de repli sur soi.
DE LA CONNAISSANCE DE SOI A UNE INEGRATION COLLECTIVE
La majeure partie de la production de/sur la langue et la culture berbère a été réalisée en France au cours de ces trente dernières années. La présence berbère en France est donc à l'origine d'une forte dynamique culturelle qui concerne la vie associative, l'édition, l'enseignement de la langue, la musique... Cette démarche vers une connaissance de sa culture d'origine et de son histoire approfondie, est sans conteste un facteur favorable à la réussite scolaire, à l'adhésion à la culture d'accueil et plus largement à une relation équilibrée entre les cultures et les communautés en contact. Une relation positive à sa langue et à sa culture, à ses origines, est certainement une condition décisive et préalable pour parvenir plus facilement à un bon niveau de maîtrise et d'aisance dans la langue et la culture d'accueil et s'ouvrir ainsi à l'Autre.
A l'échelle collective, à travers le réseau des associations berbères, les actions culturelles et socio-éducatives dans de nombreuses collectivités locales constituent une expérience d'intégration qui pourrait aisément s'articuler avec des actions plus larges liées à la politique de la ville. Plusieurs associations franco-berbères organisent déjà diverses actions d'animations culturelles, éducatives et sociales qui participent à une intégration des populations issues de l'immigration. Il y a là un réel potentiel de mobilisation, d'attraction des jeunes gens et jeunes filles autour d'activités fortement intégratives et valorisantes, autour de valeurs laïques et universalistes de leur culture en phase avec la République. Les Berbères de France souhaitent donc que la société française les considère comme des citoyens à part entière, citoyens qui ont la volonté d'être davantage présents dans le débat public, de participer activement à l'action citoyenne en luttant contre les discriminations, l'intolérance et les violences faites aux femmes, en défendant l'accès aux droits culturels, linguistiques, économiques, sociaux et moraux.
Notre projet :
RASSEMBLER LES FRANCO-BERBERES, UNE FORCE DE MODERNITE POUR LA REPUBLIQUE
La CBF à partir d'un questionnement identitaire et culturel s'implique dans un travail de conscientisation des Berbères pour un engagement citoyen élargi. Son action est aussi de mobiliser des acteurs institutionnels pour leur faire connaître la réalité de cette immigration. La CBF s'engage donc, avec les 40 associations qui la constituent, dans un travail de renforcement social : conscientisation de cette population à partir d'un questionnement identitaire et culturel pour un engagement citoyen élargi ; mobilisation des acteurs institutionnels pour leur faire connaître la réalité de cette immigration et leur capacité d'implication citoyenne ; réappropriation et valorisation des aspects laïcs et des valeurs universalistes des Berbères au profit du renforcement du lien social et de l'appropriation des principes républicains d'Egalité, de Liberté et de Fraternité.
La création de la CBF, institution représentative des Berbères vivant en France, a une double vocation. Il s'agit, en premier lieu, de travailler à la libre expression des Franco-berbères. Cette démarche passe par le soutien d'initiatives comme celle de la création de centres culturels, de ressources de proximité sur le monde franco-berbère et d'une Maison berbère à Paris, ou le projet de fréquence radio sur les ondes moyennes et la FM. Une représentation auprès des institutions et des médias de la sensibilité berbère s'avère aujourd'hui indispensable afin de rendre visible la présence et l'implication citoyenne des Berbères de France, et de leur donner la parole pour exprimer des points de vue, des recommandations, des revendications et des demandes sur les questions sociétales. Cette démarche intellectuelle de reconnaissance ne peut se faire sans la prise en considération du fait berbère dans les programmes scolaires, notamment ceux d'histoire, et la nécessité de mener une campagne pour l'introduction de l'enseignement du berbère dans les établissements scolaires, pour la création dans les universités de centres de recherche ou d'unités d'études et de recherche sur le monde berbère. Il s'agit donc d'œuvrer pour la collecte et la connaissance de la mémoire berbère en France et de promouvoir les valeurs des droits de l'homme, de démocratie et de laïcité.
En second lieu, les actions que la CBF se propose d'engager s'inscrivent dans cet esprit. Il s'agit aujourd'hui d'agir pour la promotion culturelle et l'éducation interculturelle, agir pour assurer de façon effective l'égalité entre les femmes et les hommes et combattre toutes les formes de violences et de discriminations dont sont victimes les femmes, agir dans les domaines de l'action sociale et socio-éducative, de l'accès au droit et de la lutte contre les discriminations, se mettre en réseau avec les autres sensibilités identitaires et culturelles de France et obtenir les moyens financiers et matériels pour le fonctionnement des structures des Berbères de France.
Nos revendications :
Qui sont les Franco-berbères ? Combien sont-ils ? Quelles représentations ont-ils d’eux-mêmes et de notre société ? Quelles est leur identité ou quelles sont leurs identités ? Quelles sont leurs valeurs ? Autant de questions et bien d’autres encore auxquelles les rencontres préparatoires aux Assises Nationales des Berbères de France tentent de répondre. Depuis le lancement de cette initiative, nous avons pu recueillir des éléments qui nous ont permis d’élaborer un projet de revendications et une charte des valeurs, qui seront finalisés lors des premières Assises Nationales des Berbères de France.
1- L’attribution d’une fréquence radio berbère sur la bande FM ou AM
En effet, les Franco-berbères, au nombre de 2 millions, ne possèdent aucune radio. Pourtant, le besoin d’en disposer est fort. Une radio permettrait aux Franco-berbères de retrouver leur culture, mais aussi de la véhiculer et de mieux la faire connaître auprès des autres populations de France, et de véhiculer les valeurs positives de la République.
2- La prise en charge de l’enseignement de la langue berbère par l’éducation Nationale
et notamment la mise en place en urgence de cours préparatoires pour l’épreuve du Berbère au Baccalauréat. Il est important de remarquer que plus de 2 000 lycéens optent pour l’examen du Berbère pour leur Baccalauréat. Etonnamment, aucun cours préparatoire n’est dispensé par les lycées. Les élèves se retrouvent démunis et contraint à effectuer un travail personnel sans suivi, ni orientation.
3- L’évocation du fait berbère dans les manuels d’Histoire des programmes de collèges et de lycées et la production d’outils pédagogiques variés pour faire connaître la culture berbère à tous les Français.
L’Histoire berbère n’a aucune place dans les programmes scolaires actuels. Les conséquences de cette carence sont graves. Signalons seulement qu’un certain nombre de jeunes Franco-berbères ont signalé à plusieurs reprises l’agression dont ils sont l’objet lorsqu’ils attirent l’attention de leurs enseignants sur cette partie de l’Histoire. Des professeurs qui ignorent parfois jusqu’à l’existence des berbères.
4- La création d’espaces culturels franco-berbères de proximité
Dans les grandes villes où réside une importante population franco-berbère, visant à promouvoir la culture de l’éducation interculturelle à la paix, la citoyenneté et la tolérance.
5- La création d’une Maison berbère à Paris, espace de prestige et de reconnaissance pour les Franco-berbères.
Jusqu’à aujourd’hui, les Berbères de France ne disposent d’aucun espace culturel à Paris où ils pourraient se rencontrer et promouvoir leur culture.
6- La création de départements de Civilisation berbère dans les universités
Les étudiants qui envisagent d’effectuer des travaux sur la Civilisation berbère n’ont pas de lieux où se diriger pour leurs recherches.
7- La programmation d’événements culturels et artistiques dans les espaces culturels (théâtres, expositions...), dans le cadre des programmations des droits communs.
8- Le soutien à la production et à la création culturelle et artistique franco-berbère (littératures, cinéma, arts...), en vue de favoriser les démarches de métissage et d’innovation avec les cultures de France et du monde.
9- Programmations d’artistes et musiciens sur les chaînes de télévision française.
10- Un programme de soutien au tissu associatif franco-berbère,
lui permettant partout en France d’agir dans divers domaines des politiques publiques.
11- Un programme de lutte contre toutes formes de discriminations qui n’oublie pas la dimension culturelle et identitaire.
12- Elaborer avec le tissu associatif franco-berbère un projet de co-développement dans le cadre des politiques euro-méditéranéenne,
en vue de donner sens historique à leur présence en France dans une relation renouvelée avec les pays d’origine.
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Pour toutes ces raisons, la Coordination des Berbères de France a initié une démarche pour la reconnaissance pleine et entière des Franco-Berbères. Les rencontres préparatoires s’inscrivent par les initiatives prises pour la satisfaction de ces revendications qui profitera à tous les Franco-berbères, aux diverses populations de France et de la République.
L’ensemble de ces revendications se fait sur le principe de traitement égalitaire des Franco-berbères au même titre que les autres citoyens français.
I - DONNEES QUANTITATIVES
Même si leur existence et leur identité propre ne sont pas encore toujours clairement perçues par l’opinion et les observateurs français, les berbérophones constituent l’une des plus importantes « communautés » d’origine étrangère en France. Englobés dans l’ensemble de l’immigration maghrébine, les berbérophones font partie, dans la catégorisation courante, de la population dite “arabe” ou maghrébine, ou encore musulmane.
Le critère de la nationalité tend à accentuer cette confusion puisque les berbérophones en France sont d’abord décomptés comme Algériens, Marocains, voire Tunisiens et... Français. L’instrument juridique de la nationalité ne permet donc pas de cerner cette population. Rappelons aussi que les recensements de la population en France ne s’intéressent pas à la langue maternelle des enquêtés. Aussi est-il assez difficile d’avancer des chiffres précis quant au nombre de berbérophones dans notre pays.
Tout essai de quantification de la berbérophonie en France ne peut donc être qu’approximatif. Ce qui est sûr, c’est que l’immigration maghrébine vers la France (et l’Europe) a d’abord été berbérophone, aussi bien à partir de l’Algérie que du Maroc : les foyers d’émigration les plus anciens sont la Kabylie (dès le début du siècle dernier), puis des Aurès en Algérie et le Souss (après 1945) au Maroc. A ces régions, il convient d’ajouter de nouvelles zones berbérophones d’émigration récente: l’Ouest algérien pour l’Algérie, le Rif et la province Orientale pour le Maroc.
Les Berbères originaires d’Algérie
C’est la Kabylie qui a fourni les premiers contingents d’immigrés nord-africains. Le mouvement migratoire externe commence après l’insurrection de 1871 et devient significatif au début du siècle dernier. En 1914, on comptait déjà 13 000 Algériens en France, dont plus de 10 000 originaires de Kabylie. La première guerre mondiale, par la mobilisation et la réquisition de travailleurs coloniaux, va accentuer cette mobilité et l’étendre à tout le territoire algérien : durant la période 1914 - 1918, 240 000 Algériens ont été mobilisés ou requis.
Ce n’est qu’après 1920, que l’émigration algérienne devient plus diversifiée dans son origine et moins nettement kabyle.
Elle atteint 212 000 personnes en 1954, dont une bonne moitié est kabyle : on avançait à cette date le chiffre de 120 000 Kabyles.
La fin de la guerre d’Algérie va voir aussi une importante population d’origine berbère de Kabylie et des Aurès trouver refuge en France.
Quant au mouvement migratoire proprement, il va s’accélérer ; de 350 000 personnes en 1961, on atteint 900 000 en 1975, après les décisions algérienne (1973) et française (1974) de stopper l’émigration- immigration.
Cette population après avoir légèrement baissé ces dernières années puisque les sources officielles françaises l’évaluent à moins de 800 000 personnes, est repartie à la hausse depuis les événements du printemps noir d’avril 2001 en Kabylie qui ont vu l’arrivée massive de jeunes Kabyles en France.
Il convient de noter que le code de la nationalité française, qui reste l’un des plus libéraux d’Europe, explique en partie cette diminution. Aux immigrés “classiques”, il faut évidemment ajouter les berbères (et leur descendance) ayant acquis la nationalité française à date ancienne, soit par obtention du statut civil français avant 1958, soit par option en 1962 lors de l’accession à l’indépendance de l’Algérie.
Au total, la population d’origine algérienne en France dépasse très certainement les trois millions de personnes, dont la majorité est désormais de nationalité française. Sur ce chiffre, une proportion d’environ 40 % à 50% doit être berbérophone : une estimation de l’ordre de 1 400.000 berbérophones d’Algérie en majorité de Kabylie et des Aurès est certainement un seuil minimum.
Les Berbères originaires du Maroc
Au Maroc aussi, les régions berbérophones sont des foyers anciens et importants d’émigration, en particulier le Souss (région d’Agadir), le Rif et la province “Orientale”. Ce sont les Chleuhs du Souss qui initient le mouvement de départ vers la France. Le phénomène a débuté en 1945, mais resta faible jusqu’à l’indépendance. II s’accéléra très rapidement après 1960 et avoisine actuellement les 500.000 personnes.
Bien que dans la dernière période, les zones d’émigrations se soient étendues à tout le territoire marocain, avec une forte proportion de néo-urbains et d’originaires des plaines arabophones, les régions berbérophones ont continué à fournir une part considérable de ce flux (probablement près de la moitié). Dans le seul Rif, on dénombrait 100 000 émigrés en 1975, en majorité installés en France, mais aussi en Belgique, aux Pays-Bas et en RFA. Ainsi, d’après les sources les plus récentes (Otten & De Ruitter 1993), 70 % des 170.000 Marocains vivant aux Pays-Bas sont des Rifains !
Pour la France, on admettra un pourcentage de l’ordre de 50% de berbérophones parmi l’immigration marocaine, soit un total d’un peu plus de 250.000 personnes sur la base des chiffres officiels.
Au total, le nombre de berbérophones en France doit donc se situer entre 1.600.000 et 2.000.000 personnes, composés pour 3/4 de berbérophones d’Algérie et pour 1/4 de berbérophones du Maroc. Dans cette population, une nette majorité est de nationalité française et cette proportion ira en augmentant avec le temps par l’effet mécanique de l’intégration.
Une présence et une dynamique culturelle forte
Les données démographiques exposées précédemment suffiraient à elles seules à expliquer la forte présence de la langue berbère en France ; d’autres facteurs historiques, idéologiques et institutionnels méritent également d’être rappelés.
En Afrique du Nord, pendant une longue période (des indépendances jusqu’au début des années 1990), la langue et la culture berbères ont été, très explicitement, considérées comme des facteurs de division, des risques potentiels pour l’unité nationale. En conséquence, le berbère ne bénéficiait d’aucune forme de reconnaissance institutionnelle et était exclu notamment de tout le système éducatif, tant en Algérie qu’au Maroc.
Cette situation d’exclusion quasi totale a eu pour conséquence directe, surtout en Algérie, le déplacement massif de l’activité berbérisante algérienne vers la France et Paris. Au cours des trentes dernières années, la majeure partie de la production de/sur la langue berbère a été réalisée en France. Cette “délocalisation” a touché bien sur les activités militantes berbères, culturelles et politiques, mais aussi la production et la formation scientifiques et même une très large part de la production culturelle, y compris la chanson.
En fait, les Berbérophones de France, principalement les Kabyles, ont à travers une action multiforme : vie associative, édition, enseignement de la langue, promotion d’une chanson moderne et innovante..., puissamment contribué au renouvellement et à la promotion de la langue et de la culture berbères à partir de la France.
II – POUR UNE PLUS GRANDE VISIBILITE DES BERBERES DE FRANCE ET UNE AFFIRMATION DE LEURS VALEURS
Laïcité et culture berbère
Tout en ayant été fortement influencée par l’Islam, la société et la culture berbères présentent cette particularité de ne pas être à proprement « islamiques », en ce sens que si la religion y est très présente, ce n’est ni la seule référence, ni même la principale source de la norme sociale. On peut affirmer que les sociétés berbères sont presque toutes laïques en ce que l’organisation sociale et le pouvoir n’y sont pas d’origine religieuse. Dans ces domaines, le religieux intervient toujours de façon secondaire, pour sanctifier en quelque sorte, mais il n’est jamais la source même de la Norme et de l’Autorité. Dans les villages kabyles, par exemple, la fonction religieuse est sous le strict contrôle de l’assemblée villageoise souveraine, qui nommait et rétribuait contractuellement son (ou ses) gestionnaire(s) du religieux. De même, en de nombreuses matières, rituelles ou juridiques, il arrive fréquemment que les groupes berbères aient maintenu ou initié des pratiques, soit totalement extérieures à l’orthodoxie islamique, soit même en contradiction directe avec les prescriptions de celle-ci.
Cette tendance est particulièrement marquée en Kabylie, région qui a fourni l’essentiel des contingents de l’immigration algérienne en France. A la fois en raison d’une influence ancienne de l’Ecole républicaine française (présente dès les années 1870 dans la région) et de l’acculturation profonde induite par une longue tradition d’émigration vers la France. Cette influence républicaine et laïque est une caractéristique forte de la Kabylie, y compris dans les couches peu instruites. Elle se traduit notamment par une intégration, généralisée et ancienne, étonnante même, du thème de la promotion par l’Ecole et l’Instruction et, surtout, par l’adhésion massive aux idéaux démocratiques. Cette donnée est très nettement confirmée par les comportements politiques très spécifiques de la Kabylie au cours des dernières années : à travers tous les tests électoraux récents, cette région est la seule en Algérie qui ait échappé à l’emprise islamiste, et où s’est développé un mouvement de contestation citoyen et laïc.
On est donc en droit de penser que la valorisation du patrimoine historique et culturel berbère, qui présente des affinités marquées avec la tradition républicaine et laïque française, pourrait être un élément favorable à une meilleure intégration dans la société française et un moyen efficace de contrecarrer les éventuelles dérives ou tentations communautaristes et de repli sur soi.
Aspects psychopédagogiques
Une bonne connaissance de sa culture d’origine et de son histoire est sans conteste un facteur favorable à la réussite scolaire, à l’adhésion à la culture d’accueil et plus largement à une relation équilibrée entre les cultures et les communautés en contact.
Au plan individuel comme au plan collectif, une relation positive à sa langue et à sa culture, à ses origines, est certainement une condition décisive et préalable pour l’ouverture vers l’Autre. Toutes les observations, tant psychopédagogiques que sociologiques confirment que les enfants et les groupes qui maîtrisent leur patrimoine culturel et linguistique d’origine - celui des parents -, ceux qui ont avec lui une relation valorisante, parviennent plus facilement à un bon niveau de maîtrise et d’aisance dans la langue et la culture d’accueil. On ne peut être en harmonie avec l’Autre que si on l’est d’abord avec soi-même !
Aspects socioculturels et éducatifs et Politique de la Ville
A travers le réseau des associations berbères, les actions culturelles et socio-éducatives dans de nombreuses collectivités locales constituent une expérience d’intégration qui pourrait aisément s’articuler avec des actions plus larges liées à la politique de la ville.
Déjà plusieurs associations franco-berbères organisent diverses actions d’animations culturelles, éducatives et sociales qui participent à une intégration des populations issues de l’immigration.
Il y a là un réel potentiel de mobilisation, d’attraction des jeunes gens et jeunes filles autour d’activités fortement intégratives et valorisantes. La consolidation des actions d’animations culturelles, de connaissance de la langue et de l’histoire des berbères peut être, dans de nombreuses villes à forte présence berbérophone, un facteur significatif d’intégration individuelle et collective.
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